Échec scolaire

Sous contrat

Loïc est prof d’histoire et de français, contractuel, dans un lycée pro des quartiers Nord de Marseille. Chaque mois, il raconte ses tribulations au sein d’une institution toute pétée. Entre sa classe et la salle des profs, face à sa hiérarchie ou devant ses élèves, il se demande : où est-ce qu’on s’est planté ?

« Désolée mais j’ai 300 mails auxquels je n’ai pas répondu, je vous rappelle dans la semaine. » On est le 18 août, et la responsable des contractuel·les en Lettres-Histoire au rectorat de Marseille n’est pas capable de me dire si je suis réembauché à la rentrée. Pourtant, après deux années dans le même établissement, et un avis favorable du proviseur, j’ai de l’espoir. «  Ça ne dépend pas que de ça, il faut qu’aucun titulaire ni contractuel avec plus d’ancienneté ne demande le poste. Mais comme ton établissement est dans les quartiers nord, t’as tes chances !  » m’explique une collègue renseignée. Depuis fin juin je poirote et attends en vain des nouvelles du rectorat. Faut dire que devant la pénurie de profs et le recours massif aux contractuel·les, la responsable doit avoir la tête sous l’eau. Puis, on est sûrement beaucoup à patienter en croisant les doigts, avec la perspective du chômage technique au mois de septembre qui pointe le bout de son nez.

Au-delà du porte-monnaie, ces recrutements de dernière minute sans formation jouent sur la qualité de l’enseignement et mettent profs et élèves dans la panade. Lors de ma prise de poste, il y a deux ans, l’inspectrice m’avait déclaré «  notre discussion me fait penser que vous êtes fiable, vous commencez la semaine prochaine !  » après un appel de seulement dix minutes. S’il est obligatoire de disposer d’un bac +3 pour être recruté·e, devant l’urgence, les recruteur·ices mettent cette exigence de côté. Au détriment des élèves qui devront se coltiner de longues heures devant des profs non formé·es, qui cherchent à exercer un métier qui ne s’invente pas. Alors que les titulaires, jouissent de deux ans de formations, pour les contractuel·les, le rectorat de Marseille avait réussi à dégotter deux jours. « Vous avez de la chance avant c’était zéro », déclarait le formateur. L’enjeu de cette formation reposait moins sur l’apprentissage pédagogique que sur notre propre survie à moyen terme. On y apprenait comment être autonome plus rapidement sans trop déranger l’administration, ou encore comment « tenir » sa classe tout le long de l’année. Le tout mêlé d’esprit d’entreprise et de paternalisme : « Dans le travail, il y a des patrons, il en faut. Dans la classe c’est pareil ! »

Dans son enquête « Les enseignants contractuels sont-ils des enseignants comme les autres ? », la chercheuse Célestine Lohier confirme que cette expérience précaire creuse un fossé avec les titulaires. Dernière roue du carrosse dans les zones et les établissements que les titulaires fuient, comme les lycées pro ou les collèges de banlieue, les contractuel·les ont un salaire moins élevés que leurs collègues. D’autant qu’ils subissent les aléas du marché de l’emploi scolaire : pauses non rémunérées entre deux contrats ou temps partiels non souhaités. Rendez-vous le 10 septembre ?

Loïc dans CQFD de septembre 2025

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