L’histoire des JO modernes est remplie d’« éléphants blancs », expression désignant un ouvrage ou une construction monumentale très coûteuse et s’avérant peu nécessaire, peu utilisée après-coup.
1968 : Le tremplin de St-Nizier du Moucherotte a servi pour des entraînements et des compétitions jusqu’en 1989 et a ensuite été délaissé pour cause d’adaptations aux nouvelles normes trop coûteuses. Il a été interdit au public pour raison de sécurité.
Sur la piste de bobsleigh de l’Alpe d’Huez, exposée plein sud, malgré ses 1860 mètres d’altitude, la glace ne tenait pas. Les compétitions se faisaient de nuit et ont dû être interrompues par manque de glace.
1992, Albertville : Nouvelle piste de bobsleigh construite à La Plagne au terme d’un chantier pharaonique dont témoigne Éric Adamkiewicz, ancien directeur des sports de la ville de Grenoble et enseignant en économie du sport, au micro de France Inter (1) : « Il a fallu buser deux torrents de montagne dans une zone d’éboulis. On avait une faille sismique à la verticale. Il a fallu créer un système antisismique et antisecousse pour assurer la sécurité de la piste. » Pour refroidir la glace, 45 000 tonnes d’ammoniac ont été utilisées, le site a alors été classé Seveso avant d’être « dépollué » en 2006, là encore pour des montants astronomiques. Après ce grand raout le nombre de personnes licenciées pratiquant le bobsleigh n’a jamais dépassé cent personnes et le nombre de touristes utilisant la piste chaque année tourne sous les 15000. La piste doit être rénovée pour l’édition de 2030 (2) , un autre gouffre financier en perspective…
2006, Turin : Les estimations s’estiment à 2,3 milliards d’euros pour ériger les grands monuments du sport. Ils sont aujourd’hui laissés à l’abandon à Turin en Val de Suse et en Val Chisone. Les Turinois attendent encore l’utilisation d’un complexe omnisports. À Sansicorio la piste de bobsleigh, exposée plein sud, se réchauffe au soleil et est inutilisée. À Pragelato des imposants tremplins, visibles depuis le centre du village, sont laissés à l’abandon.
Ce ne sont que quelques exemples parmi une liste qui ne cesse de s’allonger au fil des éditions à travers le monde.
2030 : Nice, connue pour ses hivers très doux, a été choisie pour subir l’adaptation dantesque du stade et d’une grande salle de spectacle pour les épreuves sur glace (patinage, hockey, short-track, curling…) soit quatre patinoires (et tout le système de refroidissement que cela implique), plus de 30000 places spectateurs, et un village olympique de 1500 lits. Ce dernier serait destiné, par la suite, à se transformer en logements étudiants et sociaux. La pitrerie de la cérémonie d’ouverture pourrait quant à elle se dérouler à Marseille, autre ville connue pour ses hivers glacials.
Les JO modernes comme d’autres grands événements sportifs ou culturels entraînent des modifications des territoires qui les accueillent. Déjà, l’édition grenobloise de 1968, en plus de l’aubaine pour développer le tourisme et les sports d’hiver, était aussi une opportunité pour accélérer des projets urbains transformant radicalement la ville (Palais des Sports, Alpexpo, nouvel hôtel de ville, hôpital Sud, rocade Sud, gare et aéroport). À l’époque ces constructions d’infrastructures se sont faites aux dépens d’autres, indispensables, telles que les écoles. Les JO ne se cantonnent pas à envahir la montagne et les stations d’altitude pour le déroulement de ses épreuves. Routes, rocades, doublement de voies, construction de parkings et villages olympiques, autant de cicatrices qui bétonnent à chaque fois un peu plus les territoires des plaines jusqu’aux sommets.
(1) « Derrière les JO de Paris, les Jeux d’hiver de 2030 », Secrets d’info, France Inter, diffusée le 8 juin 2024.
(2) Laury-Anne Cholez, « JO 2030 : rénover la piste de bobsleigh, une opération coûteuse et inutile ? », Reporterre, 25 juillet 2025, reporterre.net [consulté le 10 novembre 2025].

