Le programme de cette Université Buissonnière des Sciences Citoyennes est toujours téléchargeable ici.

Le compte rendu succint de ces journées est téléchargeable là.

Nous avons élaboré le texte ci-dessous à la suite de l’Université Buissonnière 2015. Il est aussi téléchargeable ici. Ce ne sont que quelques pistes à explorer ...

Retour de l’Université Buissonnière

De buisson en buisson

Les offices du tourisme du 05 avaient classé l’Université Buissonnière dans la rubrique des grands événements de l’été dans le département des Hautes-Alpes. Ils ont eu raison. Le « grand événement » local, prolongement des Sciences en Bobines à Trescléoux des cinq années précédentes, a eu lieu du 20 au 23 août derniers. Événement grand, pas tant par le nombre des participants (une centaine chaque jour, 50 le premier autour d’un sujet aussi peu affriolant et estival que le rôle des adhérents dans les associations) que par l’originalité globale de l’initiative et l’adhésion de l’ensemble des participants. Avant l’heure de bilans plus précis susceptibles de laisser entrevoir les dynamiques ou orientations envisageables par la Fondation Sciences Citoyennes, nous autres organisateurs, partie citoyenne de non chercheurs, voulons bien en rapporter quelques échos spontanés. Plusieurs personnes nous ont sollicités sur place pour nourrir leur curiosité sur l’après festival, ainsi que le CAC (Collectif des Associations Citoyennes) juste avant les festivités.
On ne pourra plus dire que la question de la mise en politique des sciences n’intéresse pas la société civile. L’intérêt du public pour le sujet est manifeste même si nous savons en direct que le programme et le chapeau « Université » ont retenu certains habitués de participer à l’aventure. Quant aux présents, ils ont contribué à mettre en évidence la complexité de notre responsabilité commune et des nouvelles questions éthiques qui se posent aujourd’hui, questions forcément inédites puisqu’elles vont de pair avec un paysage social et environnemental inédit lui aussi. Sur ces points, rien de nouveau que la Fondation Sciences Citoyennes ne sache déjà : FSC s’est créée en 2002 à l’avant-garde, pour engager une réflexion là où un consensus s’accorde tacitement sur l’idée que le progrès viendrait indéfectiblement de la recherche et des sciences. Alors ?
Ce qui est nouveau sans doute, c’est autre chose. C’est peut-être d’avoir réussi, l’espace de trois ou quatre journées, le croisement des approches entre acteurs du secteur scientifique et société civile de non chercheurs. Pas seulement croisement mais aussi rencontres (presque) auto organisées sous l’arbre à palabres matinales et tout au long de ces journées dans les interstices disponibles au gré des ateliers, exposition, théâtre forum, conférences, repas ... Pour comprendre, se connaître, s’écouter ... pour s’entendre, il faut prendre du temps.
C’est ce temps qui a permis de faire émerger, autre nouveauté sans doute, des outils conceptuels qui laissent entrevoir aux citoyens non chercheurs des points d’appui communs. Or ces outils sont nécessaires, indispensables si les gens veulent s’autoriser à mettre sous le feu de la critique les options politiques de la recherche, sans pour autant avoir d’expertise. C’est-à-dire sans avoir les connaissances spécifiques aux différentes branches sensibles de la science d’aujourd’hui (nucléaire, OGM, biologie de synthèse …), argument qu’on leur met sous le nez pour les priver du droit d’en discuter. Il n’est pas question de dispenser quiconque de connaissances, mais de bien comprendre qu’« il y a un non savoir qui n’est pas de l’ignorance ».
De ces outils conceptuels émerge en toute logique une méthodologie possible pour aborder de manière non savante mais sans les dénaturer, des problématiques pas vraiment simples pour les non chercheurs : en plus des analyses de fond traditionnelles, le témoignage in vivo, le recours à l’analogie, la mise en scène des situations, le partage convivial autour de nourritures pas que spirituelles … Tout cela qui enrichit le terreau susceptible de raviver les « liens organiques » (ou vitaux) entre gens, à l’heure où notre humanité se meurt d’ingéniosités en « -cides ».
Tout le monde n’aura pas saisi d’emblée, lors de cette Université Buissonnière, l’enjeu de s’approprier ces nouveaux outils conceptuels, ni le profit que chacun peut en tirer. Il faut du temps. Mais chacun aura compris que le contrat science/ société peut opérer sa métamorphose en une alliance entre scientifiques et société civile qui ait son efficacité. Nous avons besoin de chercheurs chevronné(e)s, de philosophes chevronné(e)s. Mais les questions alarmantes posées par les sciences et les techniques ne se résoudront pas sans les citoyens venus de tous horizons, chercheurs ou pas, qui sont tout sauf des ignorants.
L’Université Buissonnière n’a pas été organisée comme un « module » parmi d’autres « initiatives-modules » aussi intéressantes et comme il en existe tant. Ni même comme un module désarticulé au beau milieu de notre désarroi ambiant. Ni surtout comme un module au sein des activités de la FSC. Aussi semble-t-il judicieux (c’est du moins ce qu’on nous a suggéré) de reposer l’inévitable question « Que peut-on faire ? » en opérant un glissement qui implique notre responsabilité et amène à nous demander plus adéquatement : « Qu’allons-nous faire de toutes ces énergies éveillées au creuset de ces quatre jours ? ».
Comme le dit si bien la chanson de Ioanès qui nous a réjouis durant ces journées : « Dites-moi est-ce un rêve ou la réalité / Notre errance improbable dans cette immense cité / La ballade a commencé il y a si longtemps / Qu’on ne sait plus très bien le pourquoi du comment / Le comment du pourquoi du commun des mortels / La servitude volontaire et ses petites ficelles ... ». A nous de trouver les mots, de dénouer les situations qui font de nous des complices de ce système merdique, d’oser changer seulement de regard.
Je vous envoie le bouquet qui accompagne un doux mot de reconnaissance que nous avons reçu.

J’oubliais avant de vous quitter : merci à vous tous !