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Remarques sur les médias du 17 mars

Au journal de 19 h 30 de France 3, il a été question, entre autres, de l’autorisation nécessaire pour sortir de chez soi, ne serait-ce que pour acheter une baguette ou faire uriner le chien. Il est curieux (et sans doute prudent...) qu’aucun journaliste n’ait eu l’idée de rapprocher cette mesure de son équivalent, imposé en France par les Allemands, entre 1940 et 1944. Cette mesure était connue sous le nom de "Ausweis" (autrement dit de "Laissez-passer").

Ce qui est frappant, c’est le parallélisme des formes entre le document réclamé par le gouvernement Macron/Philippe, d’une part, et celui de la Kommandantur, d’autre part :

1. Les résidents sur le territoire français doivent, outre l’autorisation de sortir, être munis d’une pièce d’identité avec photo. Mais les Ausweise des années d’Occupation comportaient également deux volets où se trouvaient tous les éléments d’une carte d’identité : nom, prénom, date et lieu de naissance, éléments anthropométriques, et, bien entendu, photo.

2. Sur le document que j’ai trouvé sur Internet, se trouve la reproduction d’un Ausweis délivré à un résident de Vierzon (à la limite de la ligne de démarcation), ayant pour justification générale : "Für den kleinen Grenzverkehr" (autrement dit pour les petits va-et-vient frontaliers). L’adjectif "petits" renvoie précisément à ce qui est accordé aux résidents français de mars 2020 : des déplacements dans un périmètre limité autour de leur domicile.

3. De même, les motifs autorisés de déplacement ressemblent beaucoup, en 2020, à ce qu’ils étaient en 1942. Le deuxième motif actuel est le déplacement pour effectuer des achats de première nécessité. Et sur l’Ausweis auquel je me réfère, le motif du déplacement du titulaire de la carte est "Verproviantierung" (autrement dit "ravitaillement", "approvisionnement"), ce qui est cohérent avec la profession de l’intéressé : "Gastwirt" (c’est-à-dire aubergiste").

Mais il n’y a pas que ces aspects techniques, car, au-delà, l’esprit qui préside à cette mesure est le même :

4. Le gouvernement a appelé la mesure "confinement" mais, pour les Français nés avant 1939, ou pour ceux qui ont vécu des épisodes de la guerre d’Algérie, cette mesure porte un autre nom : "le couvre-feu", qui interdit à la population de sortir durant une certaine période de la journée - en général la nuit - afin de mieux assurer la sécurité de la zone et d’interdire, par exemple, la circulation des mineurs. [Laquelle circulation est, de facto, interdite auxdits mineurs depuis plusieurs jours par la suspension des activités scolaires]. Et, à certains égards, la mesure est même plus large que le couvre-feu, car alors que celui-ci prohibe la circulation de nuit, l’actuel confinement la prohibe 24 heures sur 24.

5. L’autre parallèle est le déploiement de la police et de la gendarmerie, (presque) toutes affaires cessantes, pour faire respecter les mesures du confinement, comme, en 1940-44, les Français pouvaient être contrôlés par la police ou la gendarmerie française, ou, dans d’autres circonstances, par la Milice ou la Wehrmacht.

6. On rétorquera que la France n’est pas en guerre, qu’elle n’est pas bombardée, qu’elle n’est pas menacée par une puissance étrangère, qu’elle n’est pas occupée par une armée ennemie, comme entre 1940 et 1944 (et 1945 pour certaines portions du territoire). Et que le mot "guerre" - sans doute pas innocemment - prononcé à plusieurs reprises par le président de la République dans son discours du 16 mars n’est que métaphorique puisqu’il ne s’agit pas de combattre une armée ennemie mais un virus. Mais comme le Covid-19 se moque assurément des péroraisons d’Emmanuel Macron, le message subliminal en réalité adressé aux Français semble plutôt être : "Attendez-vous à ce qu’on vous applique des mesures de guerre si vous n’obéissez pas au doigt et à l’oeil...".

7. Ces mesures de confinement, de surveillance généralisée de la population, de "flicage" n’éveilleraient pas autant la suspicion si elles n’émanaient pas d’un gouvernement qui, par de multiples aspects, s’est comporté en ennemi de ses concitoyens : lois fiscales outrageusement favorables aux riches et aux entreprises, dégradation des conditions d’indemnisation du chômage, aggravation des lois El-Khomri prises sous François Hollande, sabotage méthodique des retraites par répartition, via une loi très mal ficelée, usage de l’article 49.3, répression violente des manifestations - peines de prison sévères, usage de LBD (lanceurs de balles de défense qui mutilent des yeux ou des mains, voire tuent), arrestations préventives de citoyens avant même que ceux-ci aient entamé la moindre manifestation...

8. La nécessité de juguler l’épidémie pour justifier les actuelles mesures de confinement apparaît plutôt comme un prétexte hypocrite pour tester, grandeur nature, un rêve de nombreux gouvernements - et pas seulement seulement des dictatures : la surveillance, le flicage, la mise au pas de la population. Les techniques modernes actuelles (surveillance d’Internet, de l’usage des cartes de crédit, caméras urbaines, drones, logiciels de reconnaissance faciale...) y pourvoient déjà largement. Il ne suffirait que d’un événement, même mineur, d’ordre géopolitique, social ou économique, pour que cette société se mette en place.

9. Certes, le gouvernement peut invoquer les meilleures raisons - ici, la protection de ses concitoyens contre une pandémie - pour justifier ses agissements. Mais ses raisons ne sont peut-être pas la raison et sans doute, dans la haute Administration, dans ceux qui constituent l’État profond, certains ne sont-ils pas dupes des raisons qu’ils invoquent. L’enfer est pavé de bonnes intentions : lorsque le bras séculier ou l’Inquisition livrait des hérétiques au bourreau, c’était pour sauver leur âme...

Je vous saurais gré de vos observations, précisions, rectifications et critiques.(1)

Bien à vous

Philippe Arnaud, AMD Tours

(1)- Écrire à kheper@gmx.fr qui transmettra